Neyret : un "officier de liaison" de la Carbone Connection ?
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | "Faire "glisser" (étourdir ou corrompre, dans le jargon des flics et voyous) un superflic" comme Michel Neyret (1) est un des objectifs essentiels et permanents de la criminalité organisée en France.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | L’affaire Neyret, une surprise ?
Oui et non. Le fait qu’un grand flic soit lié d’une façon ou d’une autre avec des gangsters d’envergure, cela n’a rien d’extraordinaire. Dans le Milieu, des noms ont toujours circulé. Et circulent toujours. Ce qui est surprenant, c’est que Neyret ne se soit pas aperçu qu’il était dans le collimateur d’autres policiers, qu’il n’ait pas pris de précautions. Se sentait-il protégé ? A-t-il perdu le sens de la réalité ? Ce n'est donc pas une surprise pour les "affranchis", ceux qui connaissent les rouages particuliers de la voyoucratie made in France.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | un réseau d'informateurs... au sein de la police ?
Ce qui est important à souligner, c’est que les voyous impliqués dans "l'affaire Neyret" sont des escrocs de haut vol, financièrement très puissants que je définis comme la Carbone Connection. Ils ont deux objectifs : maximiser leurs profits et échapper ou contourner la répression. Ils doivent avoir accès à des informations confidentielles pour anticiper l’action de la police, de la justice et des services connexes (gendarmerie, douane, Interpol, etc.). Comment ? En installant un réseau d’informateurs dans la sphère politico-administrative, sans oublier le monde du renseignement et du journalisme. Les bonnes infos ne sortent jamais du bas de la hiérarchie, mais d’en haut, des mains qui centralisent les gros dossiers et qui ont accès aux fichiers confidentiels.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Le choix des "cibles"
Les voyous choisissent des cibles en fonction de leur stature et de leur position hiérarchique. Et de leurs faiblesses. En priorité des chefs de groupes, des magistrats, des greffiers, et des hommes politiques. Ensuite il faut arriver à les faire "glisser". Des groupes vont "filocher" les cibles, comme les policiers "filochent" leurs objectifs. Cela demande beaucoup de psychologie, de temps et bien évidemment d'argent. Les voyous étudient la structure familiale de la cible, ses relations professionnelles, sociales, associatives ; ils cherchent à savoir si l’individu a besoin d'argent, s'il consomme de la drogue, s'il a des maîtresses, s'il s'adonne à un hobby coûteux. Dès qu’ils ont trouvé un point faible, ils s’engouffrent dans la brèche. Et ne quittent plus le "gibier" jusqu'à l'étourdir.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Une limite à l'exercice ?
La majorité des policiers ciblés refusent la main tendue des voyous. Il est donc assez difficile de faire glisser une cible même si le temps joue souvent en la faveur des voyous. Pour autant, il existe, depuis la les années 1950, et notamment depuis la création du Service d'Action Civique et des services "actions" des services secrets, des passerelles entre le monde du renseignement et la voyoucratie française. En l'espace de cinquante ans, c'est un véritable "système" qui s'est mis en place, lequel n'est que trop rarement remis en question. La lutte anti-terrorisme (qui englobe la lutte contre l'ETA ou le FLNC) a longtemps servi d'alibi à des flics et des voyous pour continuer leurs petites affaires, sous la forme élégante de l'échange de services. Idem pour tous les trafics, notamment les "Stups" : des policiers ont même inventé des systèmes pour alimenter des caisses noires qui ont fait l'admiration des... trafiquants. Heureusement, il existe une forte culture de justice et d’équité en France chez les magistrats et les policiers, ce qui laisse supposer que la recherche d'une cible demeure difficile. Mais il faut rappeler que la puissance financière de quelques groupes criminels, leur habileté à manoeuvrer dans l'ombre, à jouer constamment des coups à trois bandes, leur permette d'atteindre leurs objectifs.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Comment analyser l'attitude de Neyret, le numéro 2 de la PJ de Lyon ?
Je ne l'entends pas au nom de la moralité, mais je le comprends au regard de la stratégie qui est mise en œuvre par les escrocs de la Carbone Connection. Ce sont des gens qui parviennent presque toujours à leurs objectifs. Les policiers font face à un véritable système mafieux, différent des familles italiennes, mais qui possède deux grands atouts : une puissance financière et militaire - même si les escrocs du Sentier ne disposent pas de service de sécurité en interne et peuvent faire appel à des compétences externes (notamment le Mossad) ; et une action politique. Sans oublier ce que tout le monde ignore : les beaux voyous ont depuis longtemps compris que la désinformation est le socle de leur longévité.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Une "cible" peut-elle sortir du piège ?
Rarement pour ne pas dire jamais. Les gangsters ne brûlent jamais les étapes quand ils veulent "endormir" quelqu’un. Ils le font lentement mais sûrement pour que leurs cibles se retrouvent complètement piégées. Et pas besoin de menaces de mort. Pour neutraliser une cible, il faut parvenir à faire le vide autour d’elle, en priorité la famille, et à casser le cadre déontologique. Il faut enfin préciser que le "piège" est très, très confortable dès lors que la cible reste prudente et qu'elle veille à ne pas attirer l'attention.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Les policiers ont besoin d’indics, et inversement. Vrai ou faux ?
Il faut distinguer deux types d'adjoints officieux : les indicateurs et les informateurs. Les indicateurs donnent des informations parce qu’ils ont des problèmes avec la concurrence ou un lien personnel avec le flic, un lien souvent extra-professionnel. L’informateur lui, balance pour être rétribué et faire en sorte que le policier couvre son trafic. Là, le terrain est miné. Un, cela entraîne, comme dans cette affaire, des vols de produits stupéfiants sur les scellés, une pratique qui n’est pas si exceptionnelle. Deux, une équipe de gangsters peut utiliser un informateur comme un cheval de Troyes pour aller au contact, pour "tamponner" le policier. Par exemple en lui refilant un tuyau qui n’a rien à voir avec le business en cours mais qui va servir les intérêts du "superflic", sa carrière, ses résultats donc forger sa réputation. Jusqu’au jour où tout dérape. Il faut aussi savoir qu'il existe, toujours dans l'ombre, d'autres intérêts qui peuvent déclencher une opération anti-corruption, faire tomber un groupe de policiers. On parle souvent de "guerre des polices", pourquoi pas, mais on devrait aussi s'interroger sur la "guerre des coteries politiques", soit dans un même parti, soit entre plusieurs partis. Sans oublier l'influence des réseaux spirituels.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Réalité ou fiction, quand la "figure" du policier ripou fascine et... dérange.
Le policier est celui qui doit servir la société, le garant de la liberté, incorruptible. Pour un auteur de fiction (littérature, cinéma), la figure du flic ripou sert la dramaturgie de l’histoire car elle casse les codes habituels de la morale, du bien et du mal. Elle permet surtout de mieux décrire l’envers du décor, de créer des conflits, des obstacles. On en revient aux points faibles de la cible, laquelle perd pied sans s’en apercevoir, aspirée dans un monde presque merveilleux qui sert d'abord ses intérets. On a plus de facilités à s’identifier à une figure border-line qu’à un incorruptible. C'est vieux comme le monde.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | L'Affaire Neyret n'est-elle pas un excellent sujet d'étude pour la communauté scientifique ?
Comme beaucoup d'autres, car l'affaire Neyret n'est pas exceptionnelle. Malheureusement, la recherche sur la criminalité organisée, ou le crime organisé, ce que l'on appelle pudiquement le "grand banditisme" en France, n'existe pas. C'est encore un sujet tabou, caché. Les responsables politiques devront un jour s'en expliquer mais on peut comprendre qu'ils ne veuillent pas se tirer une balle dans le pied... Heureusement, la fiction permet de dire quelques vérités, de dénoncer les dysfonctionnements de la machine judiciaire, donc politique. En 2011, un président de la république a toujours le pouvoir de nommer des magistrats et des policiers, sa garde rapprochée, à des postes clés, les affaires actuelles ne font que le confirmer. Les voyous jouent donc sur les deux tableaux, à droite et à gauche, pour ne jamais perdre la partie, celle qui consiste à éviter la prison, et surtout d'être connu du grand public. La discrétion est certainement la plus grande force d'un groupe criminel. Je l'explique dans mon dernier ouvrage : LA FRENCH CONNECTION, une analyse socio-économique des entreprises criminelles ayant fait fortune dans le trafic d'héroïne. La clé, je le répète, c'est l'accès à l'information, la plus confidentielle possible, et le traitement des informations.
| | | | | | | | | | | | | La criminalité organisée en France, c’est quoi ?
C’est un ensemble de groupes criminels structurés et organisés, un pied dans l'illégal, l'autre dans le légal (ce qui les voyous appellent les "affaires saines"), qui ont mis en place un système d’information et d’échange de services à l’intérieur de la sphère politico-administrative. Sans oublier que de tels groupes viennent aussi de l'étranger, notamment d'Italie et de Russie. Le top, c’est d’être associé avec de hauts responsables. Chez les Anglo-saxons, l’affaire Neyret aurait provoqué un séisme : des responsables auraient déjà donné leur démission. En France, on fait le dos rond pendant quelques jours car on sait qu’une tempête ne dure jamais longtemps, quand on ne cherche pas des circonstances atténuantes à celui qui est tombé de son piedestal. Si Neyret avait le courage de balancer tout ce qu'il sait, on y verrait très, très clair sur le fonctionnement de la criminalité organisée. Mais en restant muet, le temps joue en sa faveur. On pourrait croire qu'il est mort de trouille mais, loin d'être un imbécile, il caresse les cartouches qu'il pourrait envoyer, à droite comme à gauche, pour atteindre, à son tour, des cibles parfaitement identifiées. On va donc assister, dans les prochaines semaines, à un jeu, récurrent, de neutralisation. Avec à la clé, une rapide remise en liberté (2).
Article mis en ligne le 10 octobre 2011.
| | | | | | | | | | | | | (1) Michel Neyret a été mis en examen le lundi 3 octobre 2011 pour corruption passive, trafic d’influence et trafic de stupéfiants. La justice lui reproche d’avoir entretenu des relations troubles avec des voyous, d’avoir accepté des cadeaux et d'avoir volé des produits stupéfiants, saisis par ses propres services de police, avant leur destruction.
(2) Après huit mois de détention provisoire, Michel Neyret est remis en liberté le 23 mai 2012. Le conseil de discipline de la police nationale a demandé la révocation de celui qui est toujours considéré comme une "légende" dans la PJ.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | LES DATES CLES DE L'AFFAIRE NEYRET CLIC
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | EN MARGE 21 mars 2012 : une robe noire face à des magistrats un jeune avocat lyonnais, surnommé “La robe noire du milieu”, est présenté aux magistrats parisiens dans le cadre de l'affaire de corruption présumée. Par ailleurs, la cour d'appel de Paris a renvoyé au 5 avril l'examen des requêtes en nullité déposées par des avocats.
| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | ACTUALITES 25 septembre : un magistrat gardé à vue Nommé à Cayenne au cours de l’été 2011, François MONTOIS était l’ancien substitut auprès du procureur de Lyon. Il est interrogé sur les renseignements qu'il aurait pu fournir concernant des procédures judiciaires en cours à Lyon. Celles qui touchent de près ou de loin l’Affaire Neyret et la Carbone Connection.
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